Chapitre I.
Dans le laboratoire.
___J'ouvre un ½il.
___Je le referme vite. Tout tourne autour de moi. Mes membres ne m'obéissent pas. Le poison que l'on m'a injectée m'empêche de faire n'importe quel mouvement, à part d'ouvrir et fermer les yeux. Je sens que j'ai les pieds et les mains attachés. Pourquoi ? Etant donné que je ne peux bouger... Je dois être vraiment dangereuse. Mais qui suis-je au juste ? Je me rappelle vaguement d'un prénom : Alycia. Est-ce le mien ? Je ne sais pas.
Mes oreilles commencent à percevoir des sons. Je crois reconnaître le léger ronronnement d'un ordinateur, ou d'une machine. Il faut que j'ouvre les yeux, pour comprendre, pour revivre.
___J'ouvre les yeux.
___La nausée s'empare de moi, mais je lutte. Je suis allongée. Au plafond se trouvent des lampes, éteintes. Sur ma droite, j'arrive à voir une énorme machine d'où sort de nombreux fils, sûrement reliés à moi. A ma gauche, je découvre avec horreur d'autres lits, une dizaine au moins, tous occupés par des êtres humains. Le plus proche de moi a l'air d'avoir mon âge. Je n'arrive pas bien à discerner ses traits, mais il a une peau très blanche. Il me semble qu'il a les yeux ouverts. Je veux l'appeler. Je ne peux pas. Ma bouche refuse de s'ouvrir. La machine reliée à moi émet un bruit étrange. Un liquide chaud se répond dans mon corps, je le ressens. J'ai envie de dormir, de tout oublier. Alors que ma vue se trouble, une voix résonne dans la salle, ou dans ma tête, je ne sais pas vraiment. Mon esprit est confus.
« Ne laisse pas ce liquide te contrôler, garde les yeux ouverts, écoute moi. »
Suis-je en train de sombrer dans la folie ? Je n'arrive plus à réfléchir.
« Non tu n'es pas folle. Comment t'appelles-tu ?
_ Alycia me dis-je. Mais à quoi bon, je ne peux pas parler.
_Pourquoi parler alors que je lis dans les pensées ? Enchanté, je me nomme Elyn. Non ne te laisse pas aller ! Ecoute moi ! »
_La voix disparaît.
_Léger ronronnement.
_Vide.
___ "Alycia, tu m'entends ? Répond moi !"
Encore cette voix, qui me redonne du courage.
"Oui je t'entends, mais qui es-tu ? Comment peux-tu me parler par la pensée ? Pourquoi sommes-nous là ?
_Doucement avec les questions ! Pour quelqu'un qui vient de se faire droguer, tu ne t'en sors pas trop mal ! Enfin bon, comme je te l'ai déjà dit, je me comme Elyn. Je te parle par la pensée parce que c'est mon Don.Toutes les personnes allongées dans cette pièce ont un Don, tous différents.
_Mais comment sais-tu tout ça ?
_J'ai entendu les chercheurs en parler. Grâce à mon Don, j'ai un mental très développé, leur poison m'empêche juste de bouger et contrairement à toi et les autres, je ne m'endors pas. Je suis tellement content de pouvoir enfin "parler" à quelqu'un ! Je me sentais si seul. Les autres ne se sont jamais réveillés, j'ai pourtant sondé leur esprit à plusieurs reprises, mais tous étaient éteints."
La machine émet ce bruit étrange, ce qui va faire couler la drogue dans mes veines.
"Non ! Continue de m'écouter, de me parler ! Je sais que tu peux vaincre ce produit, comme moi !
_Je n'ai pas ton Don tu sais, d'ailleurs, je ne connais pas le mien... Je... Je veux dormir...
_Non att..."
La voix s'estompe peu à peu, mais j'ai l'impression d'entendre encore un écho de sa voix. Je crois même qu'il me menace.
"Je sais que tu m'entends ! Fais un effort !"
Il a peut être raison, je peux peut être résister... Mais la chaleur m'appelle, le repos...
J'ouvre un oeil.
"Je ne dors pas !
_Je te l'avais dit. Si tu m'avais écouté dès le début, tu ne m'aurais pas laissé faire un monologue de plusieurs minutes dans ta tête.
_Excuse moi, je... Je ne savais pas.
_Allons, je rigole. Passons. Tu n'as aucune idée du Don que tu possèdes ? Puisque tu résistes au poison, c'est sûrement lié au mental.
_Non je ne sais pas, je ne connais même pas mon nom.
_Hmm..."
Son esprit se déconnecte du mien, je le sens. Je suis seule maintenant. A croire que je me suis habituée à cette présence. Il a peut être besoin de se reposer ou de réfléchir. C'est étrange, j'ai l'impression de pouvoir bouger, je ressens mes membres, je peux même compter mes doigts de pieds ! Un, deux, trois.. J'en ai 10 ! Mes sens sont plus performants aussi, j'entends la pluie tomber, je crois qu'il y a de l'orage.
Explosion.
Silence.
"Alycia ! L'orage a coupé l'électricité ! Les machines ne fonctionnent plus !"
Je ne l'écoute plus. Les sangles qui tenaient mes mains devaient être reliées à la machine, elles se sont donc ouvertes. Une vague d'énergie m'envahit. Je bouge mes doigts. La machine s'effondre sur elle-même. Mes liens se détaches. Je m'assois.
"Mais qu'est ce que tu fais ?? Répond moi !
_Je nous sauve"
Je détache les sangles d'Elyn. Une haine se répand en moi, comme cette drogue, mais à l'inverse, elle me donne de la force.
Le mur en face de moi s'écroule, par ma simple volonté. Elyn et moi courront vers le passage le plus accessible.
Rayons de Lunes.
Ruissellement de pluie.
Liberté.
]___ "Mais comment tu as fait ça ? C'est ton Don !
_Quand les machines ont cessé de fonctionner, mon esprit s'est ouvert, comme si pendant tout ce temps, il y avait un verrou qui m'empêchait de me rappeler certaines choses.
_Mais c'est super ! Tu contrôles les choses à distance. Alycia, tu m'entends ? Que fais-tu ? Alycia !"
Evidemment, je ne l'entendais plus. Une fatigue écrasante s'installa en moi. Je m'écroulai par terre.
Chapitre II.
L'évasion,
Ou les bien faits de la musculation.
~ ELYN ~
]___ Je ne comprenais pas se qu'il passait. Elle me parlait, et tout d'un coup, elle est tombée. La fatigue sûrement, elle a dû user trop de force pour nous sortir de là. Je lui dois la vie. Je crois que c'est le moment de le lui rendre.
La pluie tombait à flot maintenant. Nous étions habillés que de simple chemise et pantalon trop large. Sans écouter mes claquements de dents, j'enlevai ma chemise pour la mettre à Alycia. Son visage était crispé, elle devait avoir très froid. Je commençai à détailler ses traits, ses formes, quand une alarme se fit entendre; proche, trop proche. C'était pour nous, je le savais. Il ne fallait pas qu'ils nous retrouvent, pas si près du but. Je pris donc Alycia sur mon dos, le plus délicatement possible. Je me mis à courir vite, très vite. La Lune m'éclairait un peu, mais il m'arrivait souvent de heurter des arbres. Pourvus que je ne lui fasse pas trop de mal. Elle m'a sauvé la vie, je ne dois pas la tuer. Au bout de quelques minutes, j'étais hors d'haleine. Mes jambes me faisaient horriblement souffrir. Je n'avais pas le choix, je devais m'arrêter. Je ralentis pour allure, tout en cherchant un endroit à l'abri des éventuels animaux qui pouvaient passer par ici. Il y avait un gros rocher, aparammant accessible. Je déposai Alycia au sol, sous un arbre pour tenter de la protéger de la pluie qui tombait moins fort., et commençai à escalader la paroi. Elle était très praticable, mais serait-ce pareil avec quelqu'un sur le dos ? Je n'avais pas le choix, il fallait que je la monte là haut. Je descendis et la repris sur mes épaules. Si seulement j'avais pris les sangles du laboratoire. .
L'ascension se passait plutôt bien, jusqu'à ce qu'une grosse araignée se mette en travers de mon chemin.
___Surpris et effrayé, je poussai un cri et lâchai ma prise. Je sentis le corps d'Alycia glisser vers le bas. Remettant de l'ordre dans mon esprit (ce qui pris plus de temps que prévu) je la rattrapai in extremis avant qu'elle ne tombe. Je n'avais vraiment pas l'allure du super héros qui sauve la jolie jeune fille. Un super héros n'a pas peur d'une araignée. . Joignant mon courage à ma force, je réussi à replacer Alycia sur mon dos. Heureusement qu'elle ne pesait pas des tonnes, sinon elle m'aurait entrainer dans sa chute.
L'escalade se déroula ensuite sans incidents notables. J'ai juste failli perdre mon pantalon lors d'un combat acharné avec une branche. Arrivé en haut, le pluie avait cessé. Enfin quelque chose d'encourageant. Je déposai ma petite endormie contre la pierre et cherchai ses égratinures possibles. Je n'en comptai que deux au visage, et quatre aux bras. Assez satisfait de moi, je m'assis à côté d'elle, et l'observai plus attentivement. Elle avait des cheveux noirs qui retombaient jusqu'aux épaules. Un petit nez qui portait une cicatrice, par ma faute. Sa bouche était entre ouverte, d'où sortait un léger souffle apaisé. Je ne pus continuer mon observation plus longtemps. Pris de fatigue, je sombrai dans un sommeil plutôt agité.
__Levé de Soleil.
__Chants d'oiseaux.
__Paix.
~ALYCIA~
___ J'ouvre les yeux.
___ Je le referme vite. Tout tourne autour de moi. Cela me donne une impression de déjà vu. Contrairement à la première fois, je ne suis pas épuisée de fatigue, mais de force. Je me rappelle de tout. Je m'appelle Alycia Wendal. Quelle joie de savoir son nom.
Je sentais à côté de moi, un souffle, à la limite du ronflement. J'ouvris les deux yeux et ma respiration fut coupée par le paysage qui m'entourait. Les arbres et les fleurs brillaient comme des étoiles à cause des perles de rosées sous le Soleil. Les oiseaux sortaient de leur nid tout en chantant un air agréable pour mes oreilles. J'entendais au loin de l'eau couler, une cascade sûrement. Non loin, Elyn dormait profondément à en juger les bruits qui sortaient de sa bouche. C'est donc lui qui ronflait. Pas très romantique, me dis-je, mais bon, je ferai avec.
C'est au bout de quelques minutes que je constatai que nous étions sur un haut rocher. Il m'a portée jusque là... Je ne l'imaginais pas si fort. Comme s'il avait entendu mes pensées, Elyn se leva et vint me rejoindre. Nous sommes restés là, à regarder l'horizon sans oser prononcer un mot. C'est alors que des apparamment humains résonnèrent près de nous. Il fallait partir, et vite.
___"Notre seul moyen de fuir est de descendre du rocher et de courir. Mais le temps de descendre, ils nous auront rattrapé, et vu que nous n'avons rien mangé depuis un jour..."
Elyn avait raison, j'étais rongée par la faim. Mon ventre faisait des bruits semblables à ceux d'un ours plus qu'en colère. Derrière nous se dressait une immense forêt, mais elle était inaccessible à cause de gravas qui se trouvaient devant. A moins que...
Je n'avais pas beaucoup de force, mais je réussis à déplacer les cailloux de façon à faire un escalier à peu près stable. Du moins, en apparence. Elyn, à mes côtés, était prêt pour me rattraper au moindre signe de fatigue. Je ne tombai pas. Même si il aurait été agréable de me retrouver dans ses bras, je devais garder un semblant de force pour la course poursuite que nous allions subir. Même si je découvris plus tard que je n'allais pas courir longtemps.
Elyn s'engagea le premier sur mon passage improvisé.
"C'est bon, nous pouvons y aller, tu as fait du joli travail, me dit il avec un clin d'oeil dont je ne compris pas bien la signification. Mon incompréhension avait l'air de l'amuser. Malgré cela, je le suivis. Les cris étaient de plus en plus forts. Arrivés dans la forêt, nous avons dû nous frayer un chemin à travers les nombreuses plantes qui s'étendaient au sol. Nous marchâmes durant cinq bonnes minutes qui auraient très bien pu être cinq heures à mon goût. Soudain, des hommes armés apparurent devant nous. Non, pas seulement devant nous, mais de partout. Nous étions encerclés.
"Un piège... déclarai-je
_Bravo ma jolie ! Allez, retour à la maison maintenant."
___L'homme qui venait de me répondre était vraiment laid. Il lui manquait au moins une dizaine de dents, et les rares rescapées étaient d'une couleur jaunâtre. Son visage était couvert de cicatrices et de marques pour le moins étranges.
"Tu peux te servir de ton Don ? me demanda Elyn dans mon esprit.
_Non, à moins que tu aies envie de me porter une seconde fois à travers le bois.
_D'accord, évitons de te faire du mal. J'ai une autre idée sur le moyen de fuir. Surtout, ne me touche plus."
__Il me fut impossible de demander plus de renseignements. Le bonhomme laid se mit à hurler et trembler, comme un animal agonisant. Il se tordit dans tous les sens, se tenait la tête entre les mains. Quel horrible spectacle. Je ne comprenais pas, et les autres non plus. Je regardai Elyn au moment où le laid s'étendit au sol, mort. Les yeux de mon compagnon étaient rouges, rouges sang. Un sourire carnassier fendait son visage, qui avait pris des traits durs.
___En quelques secondes, les hommes qui nous barraient la route se retrouvèrent à terre, morts, comme le premier, dans la surprise et la souffrance. Il n'y avait aucune trace de sang, mais les pauvres gens avaient du avoir horriblement mal. Elyn était forcément le responsable de se massacre, mais pourquoi ? Il m'avait juste parler de sa capacité à lire les pensées, pas à imposer les siennes.
En moins de temps qu'il en faut pour le dire, Elyn retrouva son aspect "normal". Ses yeux reprirent une couleur douce, une couleur que je n'avais jamais vraiment pris le temps d'observer. Comment dans moment pareil je pouvais m'attarder à détailler son charme ??
"Je sais, je suis un montre, me dit-il en baissant la tête.
_ Non.. Enfin, tu nous as sauvé, une nouvelle fois.."
Nous restâmes là, debout, ne sachant que faire et que dire. C'est à ce moment que là que je réalisai que j'étais seule, que je n'avais nul par où aller. Mes jambes se mirent à trembler. Je ne voulais pas qu'il me laisse, malgré ce qu'il avait fait. Je me jetai à son cou, et dans ses bras je m'abandonnai. Je sombrai dans un "sommeil" plutôt maladif.
___ ~Elyn~ ou comment avoir un charme à faire tomber les filles.
___Je ne m'attendais pas à une telle réaction de sa part. Je n'avais pas osé sonder son esprit de peur d'y trouver de la haine ou de la peur. En fait, elle avait du penser tout le contraire. Je ne continuerai plus ma route seul désormais.
Je la déposais délicatement à terre (ce qui deviendrait presque une habitude) et allai cueillir quelques fruits que nous offrait la forêt. Voilà plusieurs heures que je n'avais pas mangé, mon ventre faisait comprendre sa colère par des bruits forts déplaisants. Je mangeai donc quelques noix que je réussi à trouver. Il faut dire qu'en automne, les fruits juteux ont déjà disparu.
Après m'être à peu près rassasié, je mis les quelques noix qu'il me restaient dans ma poche, au cas où Alycia ait faim en se réveillant. Je pris l'endormie sur mon dos, encore une fois, et me mis en route.
___Notre périple à travers les arbres fut calme, aucune attaque humaine ou animale cette fois ci. J'avais hâte de trouver un abris pour me reposer. Mes jambes semblaient peser des tonnes. Chaque pas m'offrait un élancement dans toute la jambe. Grâce à je ne sais quel miracle, la forêt se terminait à quelques mètres. Je voyais un début de prairie apparaître devant moi. En quelques minutes, je sortis du bois, Alycia toujours sur mon dos, vivante mais encore endormie. J'aperçus en face de moi les ailes d'un moulin, ces dernières ne bougeaient pas. Etait-il abandonnée ? Ca serait le bonheur. Je déposai la dormeuse sur un coin de mousse épaisse, et m'assis à côté d'elle .De toute façon, mes jambes n'auraient pas pu me porter plus longtemps.
__Le soleil était à son zénith quand Alycia se réveilla. Je l'accueillis avec ce que j'espérais être mon plus beau sourire. Apparemment, ça lui plut, elle me retourna mon sourire, ce qui creusa les cernes qu'elle avait sous les yeux. Elle était toujours aussi fatiguée..
"Regarde là-bas, lui dis-je, on dirait que le moulin est abandonnée.
_Je l'espère. J'aimerais tant retrouver quelque chose d'assez agréable pour dormir. Il faut dire que ton dos n'est pas des plus confortable, me répondit elle en souriant.
_Je doute qu'il y est des lits dans les moulins, mais peut être un peu de paille.
_Alors allons-y !.
__Elle se leva et me regarda. Je tentais de me redresser mais mes jambes refusèrent de faire le moindre mouvement.
"Tu ne voudrais pas rester ici quelques instants ? Profiter du soleil. Nous ne sommes pas si mal..
_Dis plutôt que tu es trop fatigué ! s'exclama t-elle sur un ton de plaisanterie.
_Porte moi jusque là-bas, on verra après, ripostai-je.
_Va pour la pose ici, dit elle en souriant.
__ Elle vînt se rassoir à mes cotés et nous nous laissâmes bercer par les rayons du soleil qui étaient légèrement tièdes.
"J'ai soif, se plaignit Alycia. Je vais voir si il n'y a pas une rivière qui semble potable à proximité.
_Fais attention de ne pas te faire avaler par un ver géant, il risquerait d'avoir une indigestion."
Comme si elle n'avait pas entendu ma blague ratée, elle retourna dans la forêt. Je m'allongeai dans la mousse encore un peu humide, et laissa mes pensées dériver où bon leurs semblaient.
Chapitre III.
Une étrange rencontre,
Ou comment se faire des amis.
___ ~Alycia~
___ Non mais pour qui il se prend ? Comme si sans lui, j'étais vouée à me faire attaquer. J'avais décidé de ne pas réagir à sa moquerie pour éviter une éventuelle dispute. Je partis donc en quête de source d'eau. Ma gorge était plus que sèche, c'était intenable. Il me semblait entendre de l'eau ruisseler, mais je ne savais pas où. Je m'étais déjà pas mal enfoncée dans le forêt, la lumière du soleil avait du mal à passer entre les feuillages. Je devais faire demi tour et ressortir. Mais il me fut impossible de dire par quel chemin j'étais passée. Je déambulai comme cela un bon moment, jusqu'à ce que le bruit de l'eau se fasse nettement entendre. Je me laissai guider par cette douce chanson. C'est alors que mon pied se pris dans quelque chose, ce qui me fis tomber. Je découvris avec horreur que cette chose était un corps d'animal dont les articulations avaient un angle peu naturel. Un profond dégoût m'envahit. Je ravalai ma salive difficilement. Un effroyable cri résonna derrière moi.
__Elyn avait peut-être raison, sans lui je suis vouée à une mort certaine. Je me relevai tant bien que mal. Ma cheville me faisait horriblement mal. Il m'était impossible de bouger. Je vais finir comme ce pauvre animal, me dis-je. Des bruits de pas me parvinrent. Je n'osai pas me retourner, de peur de ce que je pouvais découvrir. Mon sang se glaça. Je sentais le souffle chaud de ce qui se trouvait à quelques centimètres de moi. Pourquoi ne m'a t-il pas encore attaquer ? La curiosité fut plus forte que la peur : je finis par me retourner (au ralenti, certes). La surprise s'empara de tout mon esprit. Se trouvait devant moi un drôle d'animal haut de quelques mètres, recouvert d'un pelage noir. Mais ni sa hauteur ni ses crocs attirèrent mon attention. Mon regard était perdu dans le sien. Ses yeux n'étaient pas ceux d'un animal, non, il avait le regard d'un être humain. Malgré la couleur orange de ses iris, n'importe qui aurait pu voir l'intelligence qui brillait au fond.
"Qui es-tu ? chuchotai-je"
___La seule réponse que je réussi à avoir fut un grognement, plus proche d'un ronronnement de chat à vrai dire. M'aurait-il comprise ?
_"Allons.. qui es-tu ? répétai-je."
___Pas de réponse. J'approchai ma main de son museau, mais la bête recula si brusquement contre un arbre que ce dernier s'effondra.
_"Alycia !! Va t-en ! Je vais lui régler son compte !
_Non attends ! Ce n'est pas ce que tu crois, il n'est pas un simple animal !"
___Mais Elyn ne m'écoutait plus. Ses yeux avaient changé de couleur : le rouge sang remplaça son doux bleu habituel. L'animal montra ses crocs et prit une posture défensive. Il n'avait pas l'air de vouloir se battre, juste se protéger. Elyn allait le tuer... Non il ne devait pas ! Il était déjà à deux ou trois mètres de la bête. Je ne pouvais pas le rejoindre... C'est alors que je repensais à mon Don. Tout parut si simple d'un coup. En quelques dixièmes de secondes, Elyn se retrouva dans les airs. Il se retourna et planta son regard ensanglanté dans le mien. Mon corps ne m'obéissait plus. Mon esprit ne m'appartenait plus. Il n'y avait dans ma tête que l'écho d'un seul mot : Mort.
_Vide.
_Obscurité.
_Douceur mortelle.
Je marche. Je marche dans le vide. Le vide blanc. Tout est si reposant. Je veux rester ici. Ne plus bouger. Mais quelque chose s'approche de moi, un nuage noir. Il me force à le suivre. Je ne veux pas."Laisse moi !" lui dis-je. Mais il ne m'écoute pas, ou ne m'entend pas. Je finis par le suivre, contre mon gré.
_"Tu crois qu'elle est vivante ?
_Elle respire, c'est bon signe.
_Elle nous entend ?
_Je n'en sais rien !! Et arrête avec tes questions.
_Je n'y peux rien si tu as tué ta petite amie.
_Ce n'est pas ma... petite amie. Boucle la !
_Comme tu voudras."
___Elyn, c'était Elyn. Mais à qui était l'autre voix ? Elle ne me disait rien du tout. Et le nuage noir, était-ce Elyn aussi ?
___J'ouvre les yeux.
_"Elle est vivante ! s'exclama l'inconnu.
_Merci du renseignement, sans toi je ne l'aurais pas remarqué. Comment te sens-tu Alycia ? Je m'en veux tellement de t'avoir fait ça. Tu sais, quand mes yeux passent au rouge, ce n'est plus vraiment moi, enfin, le moi que tu connais. Pardonne moi, je ne voulais pas..."
__Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il racontait, je me souvenais juste d'un gros animal, et Elyn qui...
_"Où est l'animal ? Tu l'as tué ?? criai-je.
_Calme toi, c'est moi, "l'animal", me répondit l'autre garçon en souriant.
_Toi ?
_Kal, ou Kalen pour être précis, a un Don, comme nous, m'expliqua Elyn. Le sien est de se transformer en une grosse bête comparable au loup-garou des histoires pour enfant. Il vit ici depuis quelques mois, sous forme animale pour ne pas souffrir du froid, et pour chasser. Il a reprit son apparence humaine lorsque je t'ai...
_Alors comme ça, j'étais morte ? J'avais une image de la mort bien plus horrible que ça, avec du feu partout.
_Pour quelqu'un qui a frolé la mort, tu es bien joyeuse, me dit Elyn un peu en colère.
_Ce qu'il essaye de te dire, continua Kal, c'est qu'il aurait aimé que tu te jettes dans ses bras pour qu'il te réconforte."
___Elyn avait les joues rouges, non, écarlates. Kal avait un sourire jusqu'aux oreilles. Et moi, je ne savais que faire.
_"Tais toi !! Je n'en peux plus, je vais faire un tour."
___Elyn disparut entre les arbres. Kal vînt s'assoir à côté de moi. Il était fort beau. Mais contrairement à Elyn, c'était la puissance de ses muscles qui m'étonna. Il mesurait presque 1 mètre 90, ses épaules faisaient au moins le triple des miennes, ses bras n'étaient qu'un tas de muscles, tout comme ses jambes et son ventre. Il n'était vêtu que d'un léger pantalon blanc. Ses yeux étaient toujours de la même couleur qu'avant, orange. C'était.. envoutant. Quant à ses cheveux, ils étaient noirs, très courts et dans tout les sens.
_"Tu as fini de faire le tour de mon physique ? me demanda t-il non sans un sourire.
_Je ... hum désolée. Pourquoi tu es ici, et en animal ? demandais-je pour changer de sujet.
_Comment ça ? Tu ne sais pas ce qu'il ce passe dans le monde entier ?
_Pas vraiment... Elyn et moi étions prisonniers d'un laboratoire où des gens étudiaient les différents Don sur des êtres vivants. Je ne sais combien de temps nous avons été détenus.
_Au moins 3 ans. Quatre hommes, possédant des Dons très puissants, ont pris le pouvoir des différents continents. Ils persécutent les autres "Divins", c'est comme cela qu'ils nomment ceux qui possèdent un Don. Je me suis caché dans la forêt pour ne pas me faire arrêter.
_Et tu n'as pas de famille ?"
___A cette question, Kal se tut, et baissa la tête. En y réfléchissant, Elyn ne m'a jamais parlé d'une éventuelle famille, et moi non plus. Lorsque j'ai retrouvé ma mémoire au laboratoire, je n'avais pas eu d'information concernant là où je venais, et qui étaient mes parents. Peut être que je ne l'ai jamais su.
Kal reprit la parole :
_"Mes parents étaient des Divins. Les acolytes des Quatre Puissants (les populations les appellent comme ça) ont massacré tout le village où nous vivions. Je suis l'un des rare à avoir pu m'échapper. Mes parents n'ont pas eu cette chance.
_Je suis désolée pour toi. Je ne voulais pas te remémorer cela.
_Ce n'est rien, dit il en souriant encore."
___Elyn arriva, ce qui mit fin à la conversation. Il fut étonné de voir Kal si près de moi,mais ne dit rien. Quelque chose de plus important avait l'air de le tracasser. Je n'eus pas le temps de lui demander.
_"Les hommes du laboratoire ont trouvé notre piste. Ils parcourent les bois pour nous retrouver. Il faut partir, et vite. Encore une fois... expliqua t-il en soupirant. Je suis lassé de courir tout le temps.
_Allons soit un peu plus joyeux ! Il y a une ville pas très loin d'ici. Les gens de là bas ont tous un Don, ils sauront nous aider.
_Nous ? s'étonna El, Qui a parlé de nous ? Personne n'a dit que tu suivrais Alycia et moi.
_On ne peut pas le laisser seul ici, m'écriai-je. Il vient avec nous, que tu le veuilles ou non !"
___Sur ce, nous laissâmes Kalen devant, pour qu'il nous montre la route. Elyn n'était plus la même personne que le jour où je l'ai connu. Etait-ce ma faute ? Ou bien celle du loup-garou ? J'étais triste à l'idée qu'il m'en veuille. A croire que je l'aimais plus que je n'osais le dire.
___Kal marchait loin devant. J'en profitai donc pour tenter une conversation avec Elyn :
« Kalen me parlait de sa famille tout à l'heure, et je me demandais si toi tu en avais encore une...
_Je n'ai plus de famille depuis très longtemps. »
Il n'avait pas l'air de vouloir expliquer d'avantage. Je devais trouver un autre sujet.
« Et sais-tu depuis combien de temps nous étions retenus là bas ?
_Pas la moindre idée. Mais demande à ton cher Kal, lui qui sait tout.
_Mais pourquoi... »
___Je ne finis pas ma phrase. A quelques mètres devant nous, Kalen était tombé dans... dans un trou à première vue. Après avoir rattraper la distance qui nous séparait de lui, El et moi nous rendîmes compte que Kal était tombé dans un trou plus que profond. Ce dernier avait d'ailleurs repris sa forme animale, dans la peur sûrement.
« Kal, ça va ??? m'écriai-je
_Comme si il pouvait te répondre sous cette forme, me répondit Elyn. Le trou est trop profond, il ne pourra pas remonter, même en loup. C'était un piège...
_Qu'est ce qu'on fait alors ? demandai-je paniquée.
_Je propose que nous le laissions ici et que nous poursuivions notre route.
_Vous n'irez nulle part mes petits. »
_Cette voix résonna derrière nous. Comme l'autre fois, un groupe d'hommes armés nous entouraient. Un autre homme prit la parole :
« Le chef avait dit qu'ils n'étaient que deux évadés, qui est tombé ?
_Faites moi sortir d'ici ! »
_Je voulu m'approcher du bord, mais un grand costaud leva son arme.
« Si tu bouges, je te descends. Compris ?
_Je peux donc parler, ripostai-je. Kal ! Tu vas bien ? »
___Ce furent les derniers mots que je prononçais. Une seringue remplie d'un liquide semblable à celui du laboratoire se retrouva plantée dans ma jambe. En m'écroulant au sol, je découvris avec horreur que Elyn avait reçu la même chose, mais en dosage suffisant pour endormir un troupeau d'éléphants.
Chapitre IV
La capture,
Ou retour à la case départ.
___ J'ouvre les yeux.
___ J'avais l'impression d'avoir dormi des semaines entières. Dormi ? Mais où ?. Je regardai autour de moi. Je me trouvais dans un lit bien assez grand pour accueillir deux personnes, drapé de blanc. Cela dit, la température qui régnait ici n'imposait aucune couverture. Je portai la même chemise trop grande qu'avant, mais celle ci était propre. Je devais être dans une espèce de chambre. Il y avait une armoire, une petite table entourée de quatre chaises et une fenêtre. Cette dernière me laissait entrevoir un arbre majestueux sur lequel se posaient quelques oiseaux de toutes les couleurs. C'était si agréable, reposant. C'est alors que des images se déversèrent en moi, comme un barrage qu'on aurait fait sauter à la dynamite. Je me rappelai ce qu'il s'était passé dans la forêt, Kal dans le trou, la drogue dans les seringues, Elyn surdosé de poison...
__ La porte s'ouvrit brusquement. Je fis un bon dans mon lit.
"Ah ! Ce n'est pas trop tôt ! lança joyeusement Kalen. On croyait que jamais tu ne te réveillerais.
_Combien de temps ai-je dormi, demandai-je encore sous le choc de son arrivée, et où sommes-nous, comment va Elyn ? Et toi ? tu es sorti comment ?
_Doucement ! Tu as dormi deux jours, nous sommes dans ce charmant laboratoire dont tu me parlais, retenus comme "prisonniers de marques". Elyn se porte merveilleusement bien, quoi que encore un peu fatigué à cause de la drogue, et oui, moi je suis sorti du trou, mais je ne sais pas encore comment."
__Il se tut et fronça le nez.
"Mon odorat de loup me dit que tu ferais mieux d'aller te doucher. Il y a tout ce dont tu auras besoin là-bas, dit il en m'indiquant une porte.
_Euh... Merci beaucoup."
__Je me levais du lit, chancela sur quelques mètres avant de m'effondrer dans les bras de Kal.
"Ca va aller ? Tu veux que je te porte jusque dans la salle de bain, demanda -t-il inquiet.
_Non non, ça ira merci."
__Je me redressai et avançai jusqu'à la porte. Je sentis que dans mon dos, Kal retenait un rire, mais je l'ignorai. Cependant, je n'aurais pas du.
_J'ouvris la porte.
_Et fermai les yeux aussi sec.
_En face de moi, Elyn poussa un horrible cri. Il était nu comme un ver.
__« C'est bon... Tu peux ouvrir les yeux. »
___J'obéis. Elyn avait simplement enroulé une serviette de touche autour de sa taille, ce qui me permit d'observer le reste de son corps. Ses jambes, minces mais musclées, montraient qu'il devait être assez sportif, ou alors la cavale dans les bois lui a tiré profit. Ses abdos dépassaient légèrement de son ventre, comme dessinés à la main. Ses bras étaient au même titre que ses jambes, fins mais musclés. Non, ce n'était pas l'escapade dans les bois qui l'avaient rendu comme ça, il l'était depuis bien avant. J'en avais la certitude.
« Pourquoi me regardes-tu comme ça ? demanda-t-il
_Pour rien, excuse moi. Puis-je prendre ma douche ?
_Oui oui, les serviettes sont là bas, sur l'étagère, et il y a une tenue à ta taille sur la chaise à ta droite. Sois sage, essaie de ne pas te noyer avec le peu d'eau qu'il sort du robinet, termina Elyn, un grand sourire sur les lèvres. »
___Il partit. J'étais seule, enfin. J'allai tout d'abord jeter un ½il sur la « tenue à ma taille ». C'était un pantalon simple, noir, et apparemment très moulant ainsi qu'un maillot très près du corps lui aussi, dans les tons beiges. « Bon au moins, je n'aurai pas à me mettre en robe, c'est déjà pas mal ».
___Après avoir pris ma douche et enfiler mes vêtements, je rejoignis Kal en Elyn qui se trouvaient dans une pièce voisine la salle de bain. Ils portaient également un pantalon noir et un haut beige, qui les collaient au corps tout autant que moi. La voix d'El me sortit de ma contemplation.
« Non avons un problème, lança-t-il. Un des Quatre Grands souhaite nous rencontrer, et dîner avec nous, dans une heure.
_L'autre problème, renchérit Kalen, est qu'il possède le Don de lire les pensées, même celles dont nous n'avons pas conscience, mais qui sont là, au plus profond de nous, et il sait comment les exploiter pour nous plier à sa volonté.
_Comment savez-vous tout ça ? m'étonnai-je
_Cette fenêtre n'isole pas du bruit, m'expliqua Elyn en m'indiquant une ouverture vers une espèce de jardin. Nous avons entendu des hommes en tenue de combat parler de ce « dîner ».
_Elyn, je sais que tu as une idée derrière la tête, dis la nous ».
___Alors comme ça, durant mon absence, le loup et El avaient fait amis-amis ? Etrange.
_Elyn reprit la parole :
« Voilà ce que nous allons faire... »
__« Je refuse ! Je ne veux pas mourir une seconde fois ! hurlai-je au milieu de ce qu'on pourrait appeler un salon.
_Personne n'a parlé de mourir, expliqua gentiment Elyn. Je t'ai déjà dit que la dernière fois, tu as plus ou moins frôlé la mort parce que au fond de moi je voulais...tuer Kalen. Tu es malheureusement apparue sur mon champ de vision. Cette fois-ci c'est différent. Je désire te pro... Enfin nous protéger. »
Comment résister à ces paroles si douces, et son visage tout aussi angélique. J'avais retrouvé mon Elyn.
« Bon d'accord... cédai-je. Mais fais bien attention. »
___Je me retournai et découvris Kal en train de feuilleter un livre pour le moins étrange. C'était une sorte de gros grimoire, ancien, très ancien, relié en cuire de couleur marron. Aucun titre n'était visible d'où je me trouvais.
El était également intrigué par le livre, il alla à côté de Kalen et demanda :
« Où as-tu trouvé ça ?
_Ici, répondit simplement le loup, dans cette bibliothèque. Amusant n'est ce pas ? On trouve des livres dans la bibliothèque.
_Ce n'est pas drôle, dit Elyn sèchement. Ceci est un grimoire racontant la fin des Premiers humains développés sur Terre. Il ne reste que trois ou quatre exemplaires de cette tragédie, pourtant bien méritée.
_Humains développés ? Qu'est que tu racontes ? questionnai-je, pour le moins étonnée.
_Tu sais bien, reprit Kalen, ces humains, qui sous prétexte d'évoluer, ont condamné la planète entière. Les arbres pourrissaient de jours en jours, les fleures n'existaient plus, les enfants naissaient avec un tas de malformations. Les représentants des pays, qui se nommaient Présendents je crois, se sont rendus compte que tout était perdu. Ca ne te rappelle rien ?
_Ce sont des présidents ! Et non ça ne me rappelle rien puisque j'ai connu les présidents.
_Attends... Tu veux dire que... Tu es une Première humaine ??? »
Kalen et Elyn avaient parlé d'une seule voix.
___Je me déconnectai de la vie réelle pour plonger dans mes rares souvenirs. Je me rappelai avoir vu à la télévision l'élection d'un président, mais son nom me resta inconnu. Sa peau était de couleur chocolat. Ceci m'avait marquée parce que je tenais un carreau de chocolat noir ce jour là. Je devais être très jeune, vu la comparaison que j'avais en mémoire. Les gens, devant la caméra, répétaient un slogan que je ne comprenais pas. Ils parlaient une autre langue.
Les voix de mes deux amis me sortirent de mes rêves :
« Alycia ! Réponds nous ! Tout va bien ?
_Oui oui... J'essayais de me rappeler de mon enfance. Et je crois que je suis ce que vous appelez une « Première humaine ».
_Mais c'est impossible ! Ils sont tous morts, ou presque. Regarde toi-même dans le livre. »
___Leurs voix encore une fois ne faisaient qu'une. Elyn me tendit le fameux livre. J'observai tout d'abord la couverture. Elle était du même cuire marron que la tranche, et portait comme titre « Le début de la Fin ». Je ne pus retenir un sourire face à ce titre si... paradoxale. Soudain, un détail dont je n'avais pas pris conscience me sauta aux yeux. Une petite pierre verdâtre était incrustée en dessous du titre. De cette pierre s'échappait comme une pulsation de c½ur. Non, pas un c½ur, mais des centaines qui battaient ensembles. Ensembles ils ne faisaient qu'un.
_Tout ce qui m'entourait disparus pour laisser place à un champ dévasté par les flammes. Je tenais toujours le livre dans mes mains. Une odeur de pourriture emplissait mes narines. Des hurlements résonnaient de toutes parts. Impossible de savoir qui criait. Mes tympans allaient éclater.
_Et je réapparus dans le salon.
Elyn prit la parole en premier :
« Tu pensais encore ? demanda-t-il calmement ?
_Mais, mais non ! Vous avez vu ?? Entendu ? Ces gens qui criaient, et le feu, m'affolai-je.
_Tu es sure que ça va ? Il ne s'est rien passé tu sais. Tu étais toujours là, entrain de regarder le livre. Aucuns cris, aucun feu. Juste toi, ici, dans le calme.
_Un calme qui ne va pas tarder à disparaître, coupa Kal. »
En effet, un homme vînt frapper à la porte.
__« Monsieur vous attend. »
Chapitre V
Un dîner aux chandelles.
___J'étais complètement désemparée. La vision que j'avais eu m'empêchait de penser à autre chose. L'annonce que l'homme avait fait derrière la porte ne me faisait ni chaud ni froid. Seule comptait cette vision. Ces cris. Ces flammes.
L'homme tapa une nouvelle fois à la porte
« Monsieur vous attend, répéta-t-il. Et n'est pas très patient.
_Nous arrivons, cria Kal. »
_Elyn me prit la main. Ma frayeur fut balayée par un sentiment nouveau. Indescriptible. Mon c½ur se mit à battre à la chamade.
« Tu verras, tout va s'arranger, me murmura El. Pendant le repas, nous ferons ce que avons prévu. Nous reparlons de ton histoire après. »
Incapable de répondre, je me contentai d'un hochement de tête. Je reposai le livre sur son étagère, et partis avec les deux garçons. Ma main toujours dans la sienne.
« Ah ! Vous voilà enfin ! »
___L'homme qui venait de parler se tenait assis, à l'extrémité de la pièce. Une pièce immense, capable de contenir quelques centaines de personnes. En son centre, une table était dressée, sur laquelle se trouvaient quatre assiettes. A l'autre extrémité de la pièce, le mur avait laissé place à une grande ouverture vers l'extérieur. Un jardin s'étendait à perte de vue. De nombreux arbres fruitiers parsemaient le sol. Leurs feuilles étaient rouge orangées, signe qu'elles n'allaient pas tarder à tomber. Il y avait également des fleurs, plantées de manière à former un arc-en-ciel en plein milieu du jardin.
_Une voix familière me sortit de ma contemplation : « Ne te laisse pas charmer par l'endroit. Concentre toi sur lui. C'est lui notre ennemi, pas le paysage qui nous entoure. S'il te plait concentre toi ! »
La présence disparut aussi vite. Sur l'ordre d'Elyn, je focalisai mon attention sur l'homme qui nous faisait face. Il était grand, plutôt mince, et portait les mêmes vêtements que nous. Ses cheveux, coupés courts, me laissaient la possibilité de regarder ses yeux. Ses yeux, exactement ceux d'El. Traits pour traits. La couleurs était la même : un bleu assez doux. Un bleu irrésistible, dans lequel j'aimerai plonger.
L'homme devait se douter que je le détaillais. Il sourit.
« Soyez les bienvenus, vous qui m'avez causé quelques petits ennuis, et la mort de quelques personnes qui travaillaient pour moi. Mais ce n'était qu'un malheureux malentendu. Tout d'abord, je me présente : je suis Ribern Ijjak, et comme vous vous en doutez, je suis un des quatre Grands. »
_Il avait parlé d'une voix calme, semblable à chant. Je m'apprêtai à lui demander d'où venait ce nom si étrange mais Elyn parla plus vite :
« Pourquoi retenez-vous des Divins ici ? Pourquoi voulez-vous nous parler ?
_Allons donc nous assoir, répondit Ribern, nous sommes ici pour manger, non ? »
___Ce fut avec regret que je lâchai la main d'El. Nous nous installâmes autour de la table. Le Grand s'assit en face de nous trois. Une femme entra dans la salle, tenant un plat rempli de victuailles. Je me demandais à quand remontait mon dernier vrai repas. Je ne trouvai pas la réponse. La femme déposé le plat sur la table, et repartit. Ribern se servit en premier. Il remplit son assiette de viandes en tout genre, accompagnées de pommes de terres.
_« Bon appétit ! nous dit-il ».
___Le repas se déroula dans le silence. Personne n'avait osé prononcer un mot. Et la nourriture était si bonne... Je dévorai à moi toute seule l'équivalent de deux poulets et une baguette de pain. Mon ventre avait doublé de volume, mais au moins, j'étais rassasiée. Kal, quant à lui, ne mangeait pas, il se goinfrait. Tout ce qui était à porté de ses mains finissait dans sa bouche. C'était assez impressionnant. Elyn s'était contenté d'un morceau de viande. Il avait l'air pensif.
_« Le repas était-il bon ? demanda Ribern.
_Délichieux ! répondit Kal en mastiquant.
_Et vous jeune demoiselle ? Comment l'avez-vous trouvé ?
_Bon... Très bon.
_Quel malpoli je suis... En me présentant tout à l'heure, je ne vous ai même pas demandé vos prénoms. Alors, comment vous nommez –vous ?
_Je suis Elyn, dit simplement ce dernier, voici Kalen et Alycia.
_Fort bien. J'ai entendu dire que vous possédez chacun un Don pour le moins... Remarquable. En quoi consistent-ils ? »
___Je devinais une lueur de curiosité dans les yeux de notre interlocuteur, mais aussi une crainte. Avait-il peur de notre force ? Lui qui est censé être un des meilleurs Divins du monde.
« Vous n'avez qu'à lire les rapports de vos savants qui nous ont étudiés, ils doivent bien savoir cela... »
Elyn n'avait pas haussé le ton, mais sa voix révélait qu'il n'en dirait pas plus. Ribern perdit patience. Son masque de gentil tomba.
___Son visage pris une teinte comparable à la porcelaine, ses pupilles se fendirent, comme celles d'un chat prêt à chasser. Nous étions ses proies, et je fus la première à être attaquée.
__Je sentis une présence dans ma tête. Ce n'était pas Elyn. J'en étais sure. Je sentais une aura maléfique glisser en moi. Je voulus ouvrir la bouche pour prévenir les autres, demander de l'aide. Impossible. Mon corps ne m'appartenait plus. J'étais réduite à un simple espace qui se résumait à mes pensées. Mes pensées ! Ribern les lisait, comme un livre ! Je tentai tant bien que mal à imaginer un mur, un écran, quelque chose pour le repousser. En vain. Mon esprit tout entier se dévoilait à lui, mais pas seulement. Je pouvais également voir ce qu'il voyait.
___Un berceau. Deux petites mains qui dépassent. Un homme et une femme se tiennent à côté. Ils admirent le bébé qui joue avec les ombres. Ils lui murmurent des paroles douces.
._Une explosion.
._Des cris, des pleurs.
_.Les corps des parents sont démantibulés. Une tête roule sur un côté.
._Dans le berceau, une plainte.
___Le livre se referme brutalement. Il y a quelqu'un d'autre en moi. Elyn, c'était Elyn ! Un mur invisible apparut. Ribern rebondissait contre à chaque fois. Peu à peu, je repris le contrôle de mes membres. Tout d'abord le petit doigt, puis la main complète. Quelle horrible sensation que de ressentir un combat entre plusieurs personnes dans son propre corps. C'était insupportable. Ribern tenait tête à Elyn, qui avait de plus en plus de mal à garder son écran intact.
._Une première fissure.
._Une douleur immense déferle dans mes membres.
._Une seconde fissure.
._Ma tête est proche de l'ébullition.
._Une troisième fissure.
._Trop, c'est trop.
___J'en avais assez d'être utilisée. Pourquoi moi ? Pourquoi n'a t-il pas attaquer le loup ou Elyn ? Une colère monta en moi. Une colère incontrôlable, et à laquelle je n'avais pas envie de résister.
Le sol s'éloignait de moi. Le plafond se rapprochait. Les deux présences disparurent. Machinalement, mes bras s'ouvrirent, non comme un pantocrator qui désire protéger, mais comme quelqu'un qui souhaite détruire tout ce qui est à porté de vue.
Ribern Ijjak était le centre de cette destruction. Son visage indiquait qu'il avait peur. Alors comme ça un Grand pouvait avoir peur ? Et pouvait-il mourir ? J'allais avoir la joie de le découvrir, quand une énorme masse poilue me sauta dessus.
« Kalen !!! hurlai-je. Mais qu'est que tu fais ? Va-t-en ! »
___Bien sûr, sous cette forme, il ne pouvait me répondre.
_J'étais littéralement écrasée par une centaine de kilos. L'air se faisait rare la dessous. Pourtant, le chant mélodieux de la puissance continuait à résonner en moi. Ce n'était un loup, aussi gros soit-il, qui allait m'arrêter. Sans trop savoir comment, Kalen fit un vol plané jusqu'à l'autre bout de la pièce. Il traversa l'immense baie vitrée pour se retrouver étaler de tout son long au milieu des fleurs. Sans doute avait-il mal. Peu m'importait. Rien ni personne ne pouvait me résister.
Je me relevai doucement. Rien de cassé à première vue. Je pris une bonne bouffée d'air frais et reportai mon attention sur ce cher Ribern. Ou du moins... Là où il se trouvait avant qu'une grosse boule de poils ne se jette sur moi.
_Disparu, il avait disparu ! Comment avait-il pu partir si vite ? Etait-il capable de se téléporter je ne sais où ?
Pendant que je me posais toutes ces questions, mon corps reprit automatiquement de la hauteur. Je devais me trouver à quelques mètres du sol, ce qui me permettait d'avoir une bonne vision de la salle. Je sentais mon sang circuler dans mes tempes. Mon cou me tirait de plus en plus.
Détruis, détruis tout. Tout ce qui t'entoure. Vivant ou inanimé.
Après, tu seras libre. Rien, plus rien ne pourra t'arrêter.
___Cette chanson résonnait de plus en plus fort. Cependant, quelque chose m'empêchait d'accomplir ces paroles. Comme si un autre morceau de moi-même refusait de céder. Et ce désaccord me rendait impuissante.
___« Alycia !!! cria une voix qui m'était familière »
_Le voilà l'autre morceau de mon être ! C'était celui d'Elyn. Elyn ! Il était agenouillé près de Kal, qui reposait mollement sur le dos. Ses poumons se gonflaient de manière très saccadée, du sang sortait de sa bouche à chaque expiration.
_« Il meurt... chuchota El »
_Ce murmure eut l'effet d'un poignard planté en plein c½ur. Peu à peu, mes pieds se rapprochèrent du sol. Le merveilleux chant s'arrêta net pour laisser place à un vide. Comme un zombie, je marchai jusqu'à côté d'Elyn.
Ce dernier me regarda tristement.
_« Tu ne contrôle pas ton pouvoir, c'est lui qui te contrôle. Regarde le, dit il en désignant Kalen, il en est la preuve vivante. Du moins, plus pour longtemps.
_Mais, tu m'as rendue la vie une fois, tu ne peux pas le faire avec lui ? »
_Ce n'était pas une question, mais un supplice. Des larmes coulèrent sur mes joues pour ensuite tomber sur la fourrure du loup.
_« Je peux lui ordonner de vivre, mais il est aisément capable contourner l'ordre. Mon Don consiste plus à être un beau parleur. Je ne peux que donner des ordres, ou influencer les penser. La plupart des gens se laissent avoir, et se noient dans mes mots. Kal, par sa morphologie, est capable d'esquiver ce que je lui dis. Comprends-tu ? Même si j'essaie, il a peu de chance de s'en sortir.
_Par pitié... Essaie... »
__Ma vue se brouilla. Je m'affalai sur le loup. Sa respiration était devenue un léger sifflement, presque un ronronnement. Un ronronnement ? Comment en était si proche de la mort pouvait-il émettre un tel son ? Je me relevai et essuyai mes yeux. Je distinguai mal les formes à cause des larmes, mais quelque chose m'attira l'attention.
_« Elyn ! Il... Regarde ! »
__El s'avança un peu, et constata la même chose que moi. Le museau du loup était fendu par un large sourire, rempli de grosses dents certes, mais c'était un sourire.
Chapitre VI
Prisonniers bien soignés.
__Peu de temps après que Elyn et moi nous rendîmes compte que le loup était toujours en vie, une trentaine de personnes armées nous encerclèrent. Au vu de la situation, ils appelèrent des médecins qui transportèrent Kalen jusque dans le lit que j'avais occupé. El fut emmené par un des hommes armés, mais je ne pus voir où. Tout se passa tellement vite... Quant à moi, je fus forcée, par quelques armes, de suivre le groupe de médecins.
_Lorsque Kal fut délicatement allongé dans « mon » lit, 3 médecins se positionnèrent autour de lui, de manière à former un triangle qui avait pour centre le blessé. Ils levèrent leurs mains qui s'enveloppèrent d'un halo jaune. Je ne me rappelais pas avoir été soignée de la sorte durant mon enfance, même j'en garde peu se souvenir. Ce qui me revenait en mémoire se résumait à des seringues, et des petites pastilles de couleurs qu'on me demandait d'avaler comme des bonbons. Mais les bonbons, c'était quoi ? Le corps du loup se tordit dans tout les sens, ce qui me sortit de mes pensées. Les autres médecins immobilisèrent ses gros bras poilus, ainsi que ses jambes. Que lui faisaient ces espèces de barbares ?! D'un coup, le loup redevînt humain. Ses muscles se relâchèrent, et je perçus un léger ronronnement. Il dormait.
┼────────────────────┼
(Sur Word, j'ai utilisé un style de police qui fait très écriture manuscrite, puisque c'est Alycia qui est censée écrire... Imaginez vous donc une écriture plus... "Humaine" dirons nous x) . )
Guérison de Kalen, Jour + 4 .
__Voilà quatre jours que je suis assise au chevet de Kalen. Celui-ci, depuis l'étrange guérison des médecins, n'a pas ouvert les yeux une fois. Un infirmier passe tous les matins pour vérifier sa tension. D'ailleurs, il fait cela d'une manière pour le moins...bizarre. Tout comme les soigneurs, ses mains se mettent à briller et il les promène le long du ventre de Kal. Ses mots sont toujours les mêmes : « son état s'améliore de jour en jour, il sera bientôt sur pieds ». Et après ça, il s'en va. Les journées étant longues, j'ai pris un livre dont les pages sont encore vierges, de quoi écrire, et je raconte ce qu'il se passe. Même s'il ne se passe rien, comme maintenant. Je vais donc résumer mes découvertes de ces derniers jours :
__J'ai appris que les jours ne se déroulent pas en 24 heures, comme dans mes souvenirs, mais en 26 heures. Les semaines n'existent plus, ainsi que les quatre saisons. On parle de Période de feu, qui correspondrait à l'été (d'après un livre historique que j'ai trouvé), Période d'eau qui est comparable à l'hiver, et enfin la Période d'air, semblable au printemps. Si j'ai bien compris, nous sommes au tout début de la Période d'eau.
__J'ai retrouvé le livre de Kal, racontant l'histoire des Premiers humains développés. Pas de visions étranges cette fois-ci. Dans ce livre, il est dit que des humains de l'époque, ne voulant pas mourir, ont plongé leur corps dans un liquide vert afin de conserver leur apparence. Cependant, au réveil, certains avaient été vidés de leurs facultés intellectuelles. On leur a donc « donné » des nouveaux esprits. Une histoire un peu tirer par les cheveux je trouve. Peut être que les historiens sont, tout simplement, de bons romanciers.
_Je n'ai toujours pas eu de nouvelle d'Elyn. Personne ne veut me dire où il se trouve, ce qu'il fait, ou ce qu'on lui fait... Il me manque terriblement. Heureusement que ce live me tient compagnie, sinon je serais devenue folle.
┼────────────────────┼
__« Comment te sens-tu ?
_Bien, très bien même ! Alors arrête de pleurer... »
__Kalen s'était réveillé avant-hier, deux jours après que j'ai commencé à écrire dans le livre. Au début il ne parlait pas, et soudainement, toutes ses facultés intellectuelles et physiques étaient revenues. J'ai eu envie de croire au miracle. Depuis, je ne peux m'empêcher de pleurer. J'ai failli le tuer, et ça n'a pas l'air de le choquer. « La mort est quelque chose de courant dans ce monde, tu sais » m'avait-il dit. « Mais je ne suis pas de ce monde »avais-je rétorqué.
_« Sinon, as-tu entendu les gardes parler d'Elyn ? demanda Kal.
_Non... J'ai passé deux heures l'oreille collée à la porte. Ils n'ont parlé que leurs soirées arrosées d'alcool, des jeunes femmes qu'ils ont violé, et des enfants qu'ils ont tué...Mais ça aussi c'est courant dans ce monde, je suppose.
_Les choses ont changé depuis que les Quatre sont arrivés au pouvoir... La population est partagée en deux parties : les dominants et les dominés.
_Et dans quel camp sommes-nous, Kalen ?
_Eh bien... Je dirais que nous sommes des réfractaires, répondit-il en souriant. »
__Je m'assis à côté de Kal. Sa présence était réconfortante, mais Elyn me manquait plus que tout. Où était-il ? Que faisait-il ? Vivait-il encore ? Le loup dut sentir mon malheur, car il me prit dans ses bras. Il était torse nu, vu la chaleur qu'il y avait dans la pièce. Je pus donc apprécier la douceur de sa peau, malgré sa dureté. Son c½ur battait très fort dans sa poitrine. Je fermai les yeux pour mieux écouter. Mes larmes cessèrent de couler, et je me rendis compte que j'avais inondé son torse.
_« Excuse moi, lui dis-je en l'essuyant avec le revers de ma manche ».
__A partir de ce moment, le temps sembla se stopper. Il prit mon visage entre ses mains, qui étaient brûlantes. Je voyais son visage se rapprocher du mien, et instinctivement, le mien fit de même. Je sentais maintenant son souffle chaud à quelques centimètres de mes lèvres.
Je n'étais plus moi, mais j'étais bien.
_" Alycia !!!"
__Mon corps réagit plus vite que mon esprit : j'eus un sursaut, ce qui provoqua la collision entre mon front et celui de Kalen. Mais cette voix, c'était Elyn !
_« Aïe ! Mais ça va pas ? hurla le malheureux bossu.
_Tu n'as pas entendu ? Elyn ! Elyn m'a appelée !
_ Non je n'ai pas entendu, parce qu'il n'a pas parlé ! Tu ne pouvais laisser ton imagination de côté quelques instants ..? »
__Il avait visiblement l'air énervé, et déçu. C'est là que je réalisai ce dont je m'apprêtais à faire... Comment avais-je pu me laisser charmer ? Pourquoi n'avais-je pas résisté ?
_« Alycia ! Je ne comprends rien à tes pensées, mais peu importe. Il faut que toi et Kalen sortiez au plus vite de là où vous êtes. Trouvez le moyen de vous enfuir, et si possible, libérez les gens qui sont prisonniers comme nous l'étions.
_Mais qu'est ce que tu racontes ? Où es-tu ?
_Laisse moi parler ! Je n'ai pas beaucoup de temps. Dès que vous serez sortis, tu essayeras de retrouver l'endroit où tu avais cassé le mur. Je ne pense pas qu'ils aient perdu du temps à remettre des pierres, alors ils ont simplement du mettre de l'argile. Là, tu entreras et casseras toutes les machines. Les gens fuiront comme ils pourront, ne cherchez pas à les aider, ça ne vous mettrait qu'en danger. Ensuite vous...
_Elyn ?? Elyn répond moi ! »
__Silence...
__« ... Oh tu m'écoutes oui ou non ?!
_Kal... Elyn m'a parlée, je n'ai pas rêvé. Il m'a dit que nous devions nous enfuir, vite, et libérer les autres qui sont reliés aux machines de la mort, comme nous l'étions avant El et moi. Cependant, je ne sais pas pourquoi. Il n'a pas eu le temps de finir.
_Et comment comptes-tu sortir et libérer les gens sans qu'on nous rattrape ? Demanda le loup, de plus en plus énervé.
_Justement... Il faut que nous trouvions un stratagème. Mais tout d'abord, nous devons prévoir tout ce nous allons emporter avec nous. A commencé par le livre relatant l'histoire des Premiers humains, il a encore plein de choses à nous apprendre.
_Comme tu voudras. »
__Nous passâmes donc le reste de l'après midi à rassembler ce dont on pouvait avoir besoin pour partir. Kalen ne décrocha pas un mot. Il m'en voulait... Mais pourquoi ? J'étais simplement malheureuse, je m'étais laissée faire. Je savais que Elyn était vivant, alors je me sentais mieux. Kal allait-il me comprendre ?
« Au lieu de rêvasser, viens voir si nous avons tout, ordonna-t-il.
_Eh bien... Il y assez de nourriture pour nourrir 3 personnes pendant environs 4 jours. Le livre est bien là. J'ai trouvé une carte du monde, elle est bien étrange d'ailleurs. Il faudra que tu prennes le temps de me l'expliquer. Sinon... Tu as bien pris quelques vêtements et couvertures ?
_Oui, mais le problème c'est que tu seras la seule à pouvoir porter le tout, parce qu'en sortant, je serai sous forme de loup.
_Mais si je t'accroche le sac autour du cou, tu pourras toujours te déplacer aisément, non ?
_On va dire que oui... »
__Le ton avec lequel Kalen me parlait me mettait de plus en plus mal à l'aise. Mais bon, je l'avais plus ou moins cherché... Comment ai-je pu...
« Alycia... Viens voir, vite.
_Qui a-t-il ? demandai-je, étonnée »
Il me présenta une page d'un grand livre. Un arbre généalogique, à première vue. Je ne voyais rien de spécial.
« Et alors ? Il n'y a rien d'extraordinaire à voir un arbre généalogique.
_Lis les noms...
_Elisa Milanai mariée avec... lus-je à haute voix
_Mais non ! Plus bas !
_Plus bas ? Nous avons... Co...Comment... Comment est-ce possible ? »
_Je ne le croyais pas mes yeux. Il y avait sûrement une erreur...
__« El... Elyn... Elyn Ijjak, articulai-je tant bien que mal. Fils de... Ribern Ijjak et Emilie Fartis. Mais... Il doit y avoir deux Elyn. C'est peut être un prénom courant après tout !
_Non Alycia...Ce prénom est extrêmement rare, c'est le premier Elyn que je rencontre. Je me disais bien qu'il ressemblait à l'autre là... Ribern. Il nous a bien eu ! Je suis sûr qu'il est de mèche avec lui... Il a du faire semblant de nous vouloir du bien, mais au fond, ce n'est que pour mieux nous capturer !
_Non, expliquai-je. Ribern ne doit pas savoir. Sinon, pourquoi aurait-il enfermé son propre fils ? Cependant, je me demande si Elyn sait, lui. Il connaît tellement de chose... Et reste toujours discret lorsque qu'on essaie de savoir des choses sur lui.
_Il nous a menti sur toute la ligne ! Cria le loup, très en colère. Notre évasion est planifiée depuis le début !
_Calme toi ! Ce que tu dis est insensé ! Nous allons sortir de là, libérer les gens, et tenter de le retrouver ! Là nous lui poserons toutes les questions que l'on voudra. »
___Kalen n'était pas du tout convaincu, moi non plus d'ailleurs. Elyn nous avait-il trahi ?
Chapitre VII
A la recherche de la vérité.
__« Tout est prêt ?
_Oui, allons y. Mais évite de trop te fatiguer sur ce mur, je te rappelle qu'on va devoir en effondrer plusieurs ».
___Nous n'avions pas de plan vraiment précis, juste sortir et trouver le mur que j'avais cassé lors de mon premier passage ici.
_Kalen pris sa forme animale, c'était le signe que je pouvais passer à l'action. Je me concentrai donc sur ce mur. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il se brisa. Il se brisa dans un silence qui me surprit tout autant que Kalen. Les poussières de l'ancien mur retombèrent lentement par terre. Le loup se dirigea vers l'extérieur, prêt à trancher la gorge de tous ceux qui lui bloqueraient le passage. Il était terrifiant, mais tellement séduisant...
_Une fine goutte de pluie tomba sur ma joue, ce qui me sortit des mes étranges pensées. Kal était déjà loin devant, je le rejoignis donc au pas de course, tout en tachant d'être la plus silencieuse possible. Mais la météo jouait en ma faveur, le bruit de la pluie masquait celui de mes pas dans cette espèce de terre boueuse.
Tout à coup, Kalen s'arrêta. Il se posta devant un côté de la bâtisse, complètement recouvert d'argile. J'avais donc détruit bien plus qu'un mur l'autre fois, ce qui expliquerait pourquoi je m'étais évanouie.
__« Tiens toi prêt, dès que j'aurai fait le passage, tu devras casser un maximum de machines sans blesser ceux auxquelles elles sont reliées... Chuchotai-je »
Il hocha la tête. Au même moment, l'argile se mit à redevenir liquide, et glissa jusqu'au sol. Le spectacle qui s'offrit à moi me terrorisa. Une cinquantaine de lits, d'horribles machines semblables à celle qui me retenait prisonnière, et surtout de nombreux gens de tous âges. Une bile amère me remonta dans la gorge, je me forçai à ne pas vomir. J'avais une mission à accomplir.
__Je restai à côté du trou que j'avais fait, et regardai Kalen réduire les machines en bouillie. Certaines personnes se levaient de leur lit, l'air perdu, mais nullement effrayées par cette masse poilue qui courait de partout. Cependant, la plupart des prisonniers restaient inertes, sur leurs draps. Combien étaient déjà mort ? Je fermai les yeux. Horrible, c'était horrible.
Une petite chose froide vînt s'agripper à ma main, je rouvris les yeux. C'était une petite fille, blonde aux yeux gris de sept ans à peine. Elle faisait partie des rares qui s'étaient levés.
_« Madame, vous êtes là pour nous sauver ? demanda la petite d'une voix mélodieuse
_Nous ne pouvons pas sortir tout le monde, vois tu, nous ne sommes que deux. Tu sais où sont tes parents ? Quelqu'un peut t'emmener avec lui ? Mon ami et moi allons devoir partir vite pour ne pas nous faire attraper.
_Mes parents sont morts, madame. Comme les tiens.
_Pourquoi dis-tu ça ? Tu connais mes parents ? Demandai-je choquée.
_Alycia ! Me cria Kal, qui avait repris sa forme humaine. Ils ont donné l'alerte, on doit partir au plus vite ! »
__e n'avais pas le temps de parler avec la petite, je la pris donc dans mes bras, et suivis Kalen. J'entendai dans mon dos un cri strident, qui me perçait les tympans. Ca devait être ça « l'alarme ». Je ne me rappelais pas l'avoir entendue lors de ma première évasion.
_« On va où madame ?
_Arrête de m'appeler madame ! Je me nomme Alycia. Et nous allons là où mon ami Kalen ira. Répondis-je froidement. Maintenant tais-toi, et cours le plus vite possible. »
__L'heure n'était pas à la discussion, mais à la fuite. Fuite plutôt improvisée parce que ni Kal ni moi ne savions où aller. Il se dirigeait vers une épaisse forêt, peut être celle par où Elyn était allé quand il me portait. Elyn... Je ne savais toujours pas où il était, ce qu'il faisait.
« Madame Alycia, pourquoi tu pleures ?
_Garde ton souffle pour courir, on parlera ensuite »
__Après une vingtaine de minutes de course dans les bois, Kal s'arrêta. Sans un mot, il se transforma en loup et parti, me laissant seule avec la petite. Cela devait signifier que nous étions hors de danger. Pour plus de prudence, nous montâmes dans un haut sapin, à l'abri d'un éventuel passage d'une patrouille.
« Où est passé le loup ?
_Je ne sais pas. Reposons-nous le temps qu'il revienne. Comment t'appelles-tu ?
_Azmaria. Mais tout le monde m'appelle Az.
_Enchantée Az ! Lançai-je avec un sourire que je voulus réconfortant. Sais-tu depuis quand tu étais retenue là-bas ? Et quel est ton Don ? »
_ Avant qu'elle ne réponde, je sortis mon petit cahier et de quoi écrire de ma poche, je ne voulais rien rater de ce qu'elle allait me révéler.
« Eh bien... Je pense que suis restée une Période dans ce drôle d'endroit. Un jour que je jouais dans ma cours, un étrange monsieur est venu avec un papier bleu à la main qu'il donna à mes parents. Ma maman s'énerva et cria que jamais elle le laisserait me prendre. Alors les yeux du monsieur tout bizarre ont brillé légèrement. C'était très joli ce bleu brillant ! Mon papa et ma maman se sont mis à crier tout tombant par terre. Au bout de quelques minutes, ils ne bougeaient plus. Le monsieur me prit dans ses bras, sécha mes larmes. Ensuite je me suis endormie... »
__Les jolis yeux bleus... Se pouvait-il que ce soit Ribern ? Je n'osai pas demander à la petite Azmaria. Pendant que je prenais en note son récit, je lui redemandai :
« Si le monsieur t'a emmenée, sait que tu as un Don très important. Tu peux me dire lequel ?
_Je ne sais pas trop si c'est un Don, mais quand je regarde quelqu'un je ressens tout un tas de choses qui lui sont arrivées. Pour toi, je sais que tes parents sont morts. Quand j'ai vu le loup, j'ai su qu'il avait très faim, m'expliqua-t-elle en rigolant.
_Ca ne m'étonne pas, il a toujours faim ! Et tu vois d'autres choses à mon sujet ?
_Non, enfin c'est vraiment bizarre. Je te vois toi, et je vois quelqu'un d'autre. Comme si en toi il y avait deux personnes complètement différentes mais qui mélangeaient leurs pensées. Je n'ai encore jamais ressenti ça, m'avoua Az étonnée. »
__Je refermai mon cahier, en notant dans un coin le fait qu'elle ait vue deux personnes en moi. Même si je ne comprenais pas ce que cela signifiait, je ne lui demandai pas plus d'informations. Je levai les yeux et vis Azmaria bailler. Elle posa sa tête contre une grosse branche et s'endormit. Ses cheveux dorés voletaient dans la légère brise. Elle était si jeune et avait vécu déjà tant de choses... Je ne pus retenir une larme, qui tomba sur ma main.
« La mort est devenue un quotidien pour nous tu sais. »
Je sursautai. La voix venait d'en bas.
« Kalen ! Tu m'as fait peur ! Depuis quand es-tu là, et où étais-tu ??
_Crie pas, me dit-il, tu vas réveiller la princesse. Je suis là depuis qu'elle a raconté sa vie, et j'étais parti me chercher de quoi manger. Je t'ai ramenée quelques plantes qui sont comestibles. J'ai même vérifié qu'aucun animal n'ait uriné dessus ! Je suis merveilleux hein ? »
_Je rigolai. Un rire franc. Ca ne m'était pas arrivé depuis longtemps... Kal grimpa jusqu'à une branche voisine à la mienne et me tendit sa verdure. Je mâchai le tout, sans grande envie. Le goût n'était pas fameux, mais bon, j'avais besoin de reprendre des forces.
« Dis, pourquoi l'as-tu appelée princesse ?
_Son nom en dit long sur elle. Les personnes autrefois nobles portaient un prénom comparable au sien : une voyelle suivie d'un « z », et un prénom religieux. Maria étant une divinité très célèbre, on la retrouve souvent dans les prénoms nobles. Les parents d'Az devaient posséder un grand territoire, avant que Les Grands n'arrivent et leur prennent tout... Mais que fais-tu ?
_Je note ce que tu me dis, comme ça je suis sûre de rien oublier ! Expliquai-je en souriant.
_Tu es si belle lorsque tu souris comme cela...Que dirais-tu de fuir cette forêt, cette région, de trouver une maison et y vivre paisiblement ? Avec Az si elle est d'accord. »
__La demande de Kalen me laissa sans voix. Le monde courait à sa perte, nous étions recherchés par les Grands, ou Puissants peu m'importait leur qualificatif, et il me proposait de partir pour un soit disant endroit onirique.
« Mais tu délires ! M'emportai-je. Nous devons retrouver Elyn ! Ensuite on verra avec d'autres Divins comment combattre les tyrans. Il y a sûrement des réseaux qui existent déjà, nous pourrons les rejoindre et les aider ! Je n'ai rien à perdre puisque je ne possède rien.
_C'est toi qui délire ! Elyn n'en a rien faire de nous, il nous a piégés ! Même son amour pour toi n'était que mensonge. Il t'a charmée, voilà tout. Moi par contre, je ne désire que ton bonheur. »
__Je ne voulais pas le croire, je ne voulais plus l'écouter. Elyn ne m'avait pas mentie, j'en étais certaine. J'étais perdue dans mes pensées quand un chuchotement résonna d'un arbre voisin :
« Crois Kalen si tu veux Alycia, mais sache que je t'aime, plus que tout au monde. »
__Elyn passa une bonne partie de la nuit à me raconter ce qu'il lui était arrivé. Les hommes armés l'avaient empoisonné, mais comme la dernière fois, le poison n'avait pas agi sur sa conscience. Il a passé son temps allongé dans une pièce, dans l'espoir de pouvoir me contacter. Je notai discrètement le tout dans mon carnet, mais je gardai pour moi sa magnifique déclaration d'amour.
_La fatigue m'empêcha de le questionner au sujet de son arbre généalogique. J'en mourrais pourtant d'envie. Il dû sentir que quelque chose me tracassait : il me prit dans ses bras. Malgré le grand nombre de douches oubliées, Elyn sentait bon, très bon. C'est alors qu'il prit mon cou entre ses mains. Il l'inclina délicatement de manière à ce que nos lèvres se frolent. Un frisson me parcourut tout le dos. El, croyant sans doute que j'avais froid, me serra encore plus fort. Je goutai au bonheur, littéralement.
__Au même moment, un loup hurla à la mort.
Chapitre VIII
Mais où se cachent les alliés ?
__Je me réveillai avec la bizarre impression d'avoir voyager à dos de je ne savais quel animal inconfortable durant des heures. Je n'avais pas encore ouvert les yeux que mon dos se mit à me tirer horriblement. Dans ma tête résonnait un battement rapide, mais très régulier. « Où suis-je encore... » songeai-je.
_« Moins vite ! Tu vas la réveiller
_ Ggrrrrmllll !!
_Quel magnifique langage vous a offert Dame Nature à vous, les loups. Tiens, tu es réveillée Alycia ? Je me demande par quel hasard !
« GGGRRR ! »
__J'étais en effet solidement attaché au dos de quelque chose pour le moins... poilus. Au bout de quelques secondes, je compris qu'il s'agissait de Kalen. J'ouvris grand les yeux et découvris que étions en train de parcourir une immense plaine, baignée par la lumière du Soleil. Elyn était sur un cheval blanc, qui sortait de je ne savais où. Il tenait devant lui la petite Az qui dormait profondément.
__« Puis-je avoir quelques explicâââââtions, demandai-je sans retenir un bâillement
Naturellement, répondit El tout en souriant. Après une longue discussion avec Kalen, après que tu te sois endormie, il a décidé de rester avec nous. Il ne me fait pas confiance et tient trop à toi pour te laisser. Il t'a chargé sur son dos peu avant que le Soleil de se lève et nous sommes partis en direction du village le plus proche. Nous y serons bientôt !
_Et... Le cheval, un don du ciel ?
_Je vois que tu n'as pas perdu ton humour, rigola –t-il. Tu ne le sais peut être pas, mais les cheveux sont des animaux libres. J'ai appris qu'à ton temps, ils étaient le plus souvent élevés par les hommes. Ici, au même titre que des lions ou des hyènes, ils vivent comme bon leur semble, la majeur partie du temps en troupeaux. Celui-ci était seul, je l'ai plus ou moins soumis, et il m'obéit. Pratique non ? »
_Kal ne me laissa pas le temps de répondre :
« Grrmlllll » dit-il. S'en suivit un long filet de bave qui le relia au sol. « Mmh charmant » pensai-je. Il voulait en fait nous prévenir que nous étions presque arrivés au village, et que ça sentait les gardes du l'institue à plein nez.
_Elyn fit arrêter notre petit troupeau avant les somptueux remparts qui protégeaient la ville. Il me détacha du dos du loup, et m'aida à descendre. Il m'embrassa joyeusement sur la joue et alla réveiller la petite princesse. Kal reprit sa forme humaine.
_« Que Mademoiselle m'excuse si le voyage a été peu confortable... » me dit-il sans aucune pointe d'humour. Le voyage promettait d'être... Amusant !
J'ignorai la remarque de Kal et me tourna vers Elyn. Il portait délicatement la belle et la posa par terre. Le magnifique Soleil faisait briller leurs cheveux, on aurait dit des Dieux. Leur beauté était frappante, et tout deux cachaient une montagne de secrets. C'est alors que je repensais à tout ce que j'avais oublié de demander à Elyn la veille. Ses origines, si il avait.
« Nous en parlerons plus tard si cela ne te dérange pas, le moment n'est pas des meilleurs, si tu vois ce que je veux dire »
J'allais lui répondre que non, je ne voyais pas, quand Kalen émit un fort toussotement. En fait si, je voyais très bien.
__« Bon, voilà comment nous allons faire, commença Kal, étant donné que nous sommes tombés sur une ville et non un village, il nous faudra être les plus discrets possibles. C'est pourquoi je propose de nous séparer en deux groupes. Nous devrons également tenter de modifier nos apparences, l'Institue a dû diffuser nos visages un peu partout.
_Pourquoi nous séparer ? demandai-je
_Pour l'originalité, idiote !
_Calme toi, si tu tiens à ta vie, déclara calmement Elyn. »
__Qu'avais-je fais pour que le loup me haïsse autant ! Je m'assis à côté d'Az, la mine boudeuse. Eh oui, les filles ça boude ! Je laissai donc les deux garçons à leurs explications de plan pour s'introduire furtivement dans la ville, tout en priant que ça ne dégénère pas en bagarre. Cela dit, je tendais toujours l'oreille :
_« ... Non elle vient avec moi. Je ne te fais toujours pas confiance, fils de Grand ! Et je parie que tu ne lui en as pas encore parlé, n'est ce pas ? La belle ne se doute de rien !
_Tu n'as pas à décider à sa place. Nous lui demanderons avec qui elle veut être. En attendant, connais-tu quelqu'un digne de confiance dans cette ville ?
_Oui, si il n'a pas quitté sa maison. Ce qui est probable vu les temps que nous vivons... Il habite au Nord-Est de la ville. Quand tu auras trouvé la place centrale il te suffira d'aller tout droit, puis à droite. Il habite dans l'angle de la muraille. J'y serai déjà.
_Très bien, déclara Elyn satisfait. Tu pars donc tout de suite, je te rejoins dans 2 heures. Alycia, je sais que tu nous entends. Avec qui veux-tu être, le loup ou moi ? »
__ Zut, je ne devais pas être assez discrète... Bien sûr ma réponse était décidée depuis longtemps, mais Elyn me coupa :
_« Non, ne viens pas avec moi. Dis que tu veux y aller avec lui. Ca vaudra mieux pour tout le monde. Je ferai plus facilement passer Az pour ma s½ur, que la s½ur de Kal. On se revoit bientôt ne t'en fais pas ! »
__Pourquoi est-ce que je ne pouvais jamais dire ce que JE voulais ?! A croire que j'étais une pauvre enfant perdue ! La petite voix se remit à chanter dans ma tête : « Montre leur ce dont tu es capable... Montre leur ! »
Comme la fois dernière, je commençai à prendre de la hauteur. Un mètre, deux mètres. Ils avaient l'air tout petit de là haut ! Ce n'est qu'au bout de quelques secondes qu'ils s'aperçurent de ce qu'il m'arrivait.
_« Alycia calme toi ! Hurlèrent les deux humains réduits à la taille d'un vulgaire insecte. Redescend tout de suite, tu vas nous faire repérer ! »
_ Pour une fois qu'ils étaient d'accord ces deux là. Une rafale de vent provenant sûrement de moi écroula deux arbres au moins centenaires. Il ne s'en fallu de peu pour que Kal ne se fasse pas écraser. Il se précipita vers une petite masse recouverte d'un drap d'or. Cette dernière se mit même à parler :
_« Pourquoi Alycia vole comme un oiseau ? Moi aussi je veux ! Alycia vient me chercher, dit elle en souriant jusqu'aux oreilles. »
__Kal la tenait fermement, je me demandai même si elle pouvait respirer. Peu importait, plus personne n'allait vivre encore longtemps. Une nouvelle rafale déracina quatre arbres cette fois-ci. « De mieux en mieux, susurra la voix. » Pour une fois qu'on me complimentait, je n'allais pas m'arrêter en si bon chemin ! Deux autres arbres tombèrent. Avec une grande légèreté, Elyn les esquiva.
_« Tu veux danser ? Alors je vais te donner le rythme ! Criai-je.
_C'est alors qu'un vieillard armé d'une faux débarqua sur mon terrain de jeu. Il se mit à hurler :
_« Sorcière ! Démone ! Que Héclia nous protège ! »
__Tout criant des choses incompréhensibles, il partit en courant, direction des rempares. Ce vieux fou m'avait distraite. Je réalisai trop tardivement qu'un loup, gueule ouverte, me sautait dessus. Le choc avec le sol allait être terrible. Je fermai les yeux. La voix disparut, laissant place à la peur.